Retrato de Gambetta - Leon Bonnat 1886

Jeune avocat, Gambetta s’imposa sous le Second Empire comme un des chefs les plus populaires de l’opposition républicaine, jouant en 1869 un rôle déterminant dans l’élaboration du programme de Belleville.
Le 4 septembre 1870, il fit proclamer la République aux côtés de Jules Favre et de Jules Ferry. Membre parmi les plus actifs du gouvernement de la Défense nationale, il réussit à quitter en ballon Paris assiégé par l’ennemi, afin d’organiser la résistance. Il ne put empêcher la défaite française et l’élection à Bordeaux d’une assemblée en majorité monarchiste. C’est en sillonnant ensuite les campagnes pour diffuser les idées républicaines – leurs défenseurs à l’Assemblée étaient essentiellement issus des grandes villes – qu’il gagna son surnom de « commis voyageur de la République ». Il vota ainsi les lois constitutionnelles de 1875, repoussant la coalition encore favorable à une restauration monarchique. Ses efforts furent récompensés par la victoire du camp républicain aux élections législatives de 1876 et à celles de 1877, consécutives à la dissolution prononcée par Mac-Mahon. Président de la Chambre des députés de 1879 à 1881, Gambetta forma ensuite un éphémère grand ministère d’union républicaine – il ne dura que deux mois. Sa mort brutale en décembre 1882 symbolise la fin de la « République des fondateurs ».


Un portrait posthume

Bonnat exécuta ce portrait après la mort de Gambetta, à la demande d’un des admirateurs de l’homme politique, Joseph Reinach, qui le légua aux Musées nationaux en 1921. Il ne s’agit donc pas d’un portrait officiel, mais d’une œuvre où l’artiste a cherché à rendre la vie et le caractère d’une grande figure politique, encore présente dans les mémoires. Gambetta est représenté à mi-corps, les mains dans les poches, très vivant, prêt à haranguer les députés ou à convaincre des électeurs. Bonnat travailla d’après un cliché déjà ancien d’Etienne Carjat – il datait de 1870. Tout ceci explique sans doute pourquoi ce tableau diffère tant des portraits exécutés généralement par lui, beaucoup plus figés, dont l’intérêt se concentre sur la psychologie du modèle et qui, eux aussi, comptent parmi ses œuvres les plus célèbres : Thiers (1877), Victor Hugo (1879) et Le Cardinal Lavigerie (1888), tous trois conservés au musée national du Château de Versailles.

Interprétation

Avec la mort prématurée de Gambetta – il n’avait que 44 ans –, la IIIe République perdit le principal artisan de son succès et l’un de ses plus brillants serviteurs. Voulant donner au parti républicain sa plus grande crédibilité auprès des Français, Gambetta avait construit un projet politique rassurant et viable, éloigné des souvenirs de la Terreur et des tentations révolutionnaires. Tout comme Jules Ferry, son ami et rival, son ambition allait au delà des urnes : fille des Lumières, la République devait également s’imposer dans les esprits. D’où son combat à l’encontre du cléricalisme.

Commandé trois ans après ses funérailles nationales, ce portrait participe en quelque sorte de la légende républicaine dans laquelle Gambetta est entré dès sa mort. Le transfert de ses cendres au Panthéon en 1920, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la IIIe République, n’a fait que la renforcer.


Referencia:  

No hay comentarios:

Publicar un comentario